Point de déficit en Allemagne : les caisses de retraite sont même excédentaires ! Mais la rigueur budgétaire a un prix…
Ce sont les Allemands qui, les premiers, ont mis en place un système de retraite par répartition obligatoire, à la fin du XIXème siècle. Parce qu’il affiche un équilibre budgétaire à nous faire pâlir d’envie, tout en fonctionnant encore majoritairement par répartition, le système allemand actuel sera probablement érigé en exemple lors du débat qui va animer la prochaine réforme des retraites, promise dès 2013. Le point sur ses principales caractéristiques, à la suite des réformes de 1992, 2001, 2004 et 2007.
L’âge de départ. Jusqu’en 2011, les Allemands pouvaient toucher une retraite sans décote à 65 ans. Comme en France, cet âge va progressivement passer à 67. Mais la transition sera plus douce outre-Rhin, elle s’étendra jusqu’en 2029, à raison d’un ou deux mois de plus par an. Il sera toujours possible de partir à 65 ans avec 45 ans de cotisations. Ou à 63 ans avec au moins 35 ans de cotisations. Mais attention, avant 65 ans, la pension subit forcément une décote – 3,6% par année manquante (NB : en France, à l’issue de la réforme, il sera toujours possible de partir à 62 ans sans décote à condition d’avoir tous ses trimestres – retrouvez ici le calendrier de la réforme).
L’architecture du système. Le système de retraites obligatoire allemand est bien moins éclaté que le nôtre, les régimes sont beaucoup moins nombreux. Un salarié cadre relève par exemple en France de trois régimes différents – l’Assurance retraite pour sa pension de base, l’Arrco et l’Agirc pour sa complémentaire. En Allemagne, il ne relèverait que de l’« assurance légale ». Autre différence majeure : depuis 1992, le système allemand fonctionne majoritairement par points plutôt que par trimestres. Conséquence : pour le calcul de la pension, c’est un peu comme à l’Agirc-Arrco, il suffit de multiplier le nombre de points accumulés durant toute la carrière par la valeur du point.
Plus de capitalisation. Comme ici, les retraités allemands tirent la majorité de leurs revenus de leur pension publique, mais la part de capitalisation, via l’entreprise ou à titre individuel, est plus importante. « En France, environ 80% des ressources des retraités proviennent du système par répartition, c’est plutôt 65% en Allemagne », détaille Jacques Bichot, économiste qui vient de réaliser une étude comparative entre les deux systèmes pour l’association Sauvegarde retraites. La réforme de 2001 a notamment mis en place les « retraites Riester », avec l’objectif de compenser l’érosion des taux de remplacement (rapport entre la pension et le dernier salaire) dans le système obligatoire : si vous épargnez pour votre retraite sur un tel plan, l’Etat vous verse une prime. Elle est maximale si vous versez 4% de vos revenus.
Plus simple, plus lisible, et équilibré… Point fort de ce système : sa simplicité et sa plus grande lisibilité pour l’assuré. Autre atout de taille : le budget des caisses est équilibré. Et ce malgré une situation démographique bien plus préoccupante que la nôtre, en raison surtout du faible taux de natalité. Pour y parvenir, l’Allemagne ne s’est pas contentée de reculer l’âge de la retraite, elle a mené des réformes systémiques. Et pas question de saper la compétitivité des entreprises pour financer les retraites : la loi encadre les hausses de cotisations salariales et patronales, la somme des deux ne devant pas dépasser 20 % jusqu’en 2020 et 22 % en 2030.
… mais moins généreux. Pour assurer l’équilibre, l’Allemagne n’a pas hésité à « programmer froidement une baisse du taux de remplacement », explique Jacques Bichot. Avec toutefois un plancher : le taux de remplacement (hors pension Riester, après cotisations sociales mais avant impôt, pour une carrière de 45 ans au salaire moyen) doit être « au minimum de 46 % jusqu’en 2020 et 43 % jusqu’en 2030, contre 50,5 % en 2008 », expliquait la direction générale du Trésor dans une analyse cet été. Notez qu’un taux de 43 % avant impôts équivaut à environ 55 % après impôt. Selon ce même rapport, le « patrimoine retraite net » – total des pensions nettes qu’un assuré peut espérer toucher jusqu’à son décès – est « nettement moindre » en Allemagne qu’en France. « On est passé à un système où la pension ne permet plus à elle seule de garantir un niveau de vie satisfaisant et doit être combinée avec des prestations issues des régimes par capitalisation », résume un rapport sénatorial de 2010. Les réformes semblent d’ailleurs avoir accru le taux de pauvreté chez les retraités. Et d’une manière générale, « le système est moins solidaire qu’en France », ajoute Florence Legros, professeur à l’université Paris Dauphine et spécialiste des retraites.
Enfin, pour que l’équilibre perdure, la loi allemande prévoit un « auto-équilibrage », précise-t-elle. Le mécanisme annuel de revalorisation du point, certes indexé sur les salaires, dépend aussi d’autres facteurs, comme la démographie : si le ratio entre nombre de cotisants et nombre de retraités se détériore, la revalorisation est moindre. Le maintien du pouvoir d’achat des retraités allemands n’est donc pas garanti par des ajustements des pensions compensant systématiquement toute l’inflation.
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